C'est en me rendant vers la tente "Way Up North" que je tombe sur Yebo et Jessica du label Crunchy Frog qui comme moi vont au showcase de Thee Attacks. Même si le groupe n'est pas
(encore ?) signé chez Crunchy, Yebo les soutient et a même donné un petit coup de main à la production de leur premier disque. Nés vraisemblablement au début des années '90, ces quatre
garçons aux joues roses souffrent d'un mal étrange: ils sont persuadés de vivre en 1965 ! Costars cintrées, pantalons fuseaux, boots pointues, cravates étroites, ray-bans, toute la panoplie y
est, et je ne parle même pas des guitares Dan-Electro vintage, ni des amplis Vox, Selmer et Epiphone. La musique est sans surprise à l'image exacte de leur look: sèche, nerveuse,
garantie sans matière grasse, à mi-chemin entre beat groups britanniques et garage bands américains. Sur scène, l'énergie emporte tout et on jubile à se croire nous aussi revenus au milieu des
glorieuses sixties. Sur disque - un CD ! Trahison ! - on remarque plus que le chanteur n'est ni Eric Burdon, ni Mitch Ryder, et qu'il devrait y aller mollo sur les hurlements. Mais bon, Thee
Attacks sont encore très jeunes: tout devrait s'arranger en '66 ou '67 à supposer qu'ils ne virent pas psychédéliques d'ici-là.
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(Thee Attacks @ Way Up North tent, 07/06/08, photo: rockomondo)
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MySpace de Thee Attacks.
Retour une dernière fois à VoxHall pour le concert de
Said The Shark, que j'avais déjà vu en
showcase l'année dernière dans ce même festival. Composé de la canadienne Maya Saxell (Voix,
guitare, écriture des morceaux, production) et du danois Kim Oxlund (claviers, instruments divers, arrangements) le duo avait été mon gros coup de coeur de l'année 2006 avec son premier album
"Always prattling on about wolves", superbe collection de chansons en apesanteur portées par la voix brisée ô combien émouvante de Maya Saxell et les mystérieuses textures sonores concoctée par son
partenaire. Deux ans plus tard, Said The Shark - devenu entre-temps un vrai groupe de quatre musiciens - nous offre avec "Silly Killings" une suite comme on n'osait l'imaginer, Alors que bien des
seconds albums se contentent de dupliquer - souvent avec moins de succès - la recette de leur prédécesseur, celui-ci est un véritable pas en avant qui nous confirme (si l'on en
doutait...) que Said The Shark n'a pas fini de nous surprendre. Partant des bases établies sur son premier disque, le groupe y élargit sa palette, explore de nouvelles pistes, joue avec les
rythmes, les ambiances, le volume sonore également (pour la première fois on l'entend réellement FAIRE DU BRUIT !) et signe une nouvelle fois un disque hors étoiles. Sur scène, on croirait
voir un déballage de vide-grenier dominical: des guirlandes lumineuses qui clignotent un peu partout, un énorme anneau métallique suspendu devant la batterie, un pavillon de gramophone, des
jouets musicaux en tous genres et tout un bric-à-brac d'objets hétéroclites. Ne manquent que les fameux ratons-laveurs de la poésie de Prévert.
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(Said The Shark, VoxHall, 07/06/08, photo: rockomondo)
Le groupe apparaît au son du "Beau Danube Bleu", version Portsmouth Sinfonia, et dés lors le ton est donné: autant le concert de Said The Shark en 2007 était intimiste et minimal, autant celui-ci
sera extraverti et fantasque. Non pas que Maya Saxell se soit soudain trouvé des dons de performer: pâle et diaphane, elle bouge toujours aussi peu, le regard obstinément fixé au dessus de la
tête des spectateurs. On dirait une de ces "Dames blanches" qu'on rencontre parfois dans les histoires de fantômes et on est presque surpris de l'entendre s'adresser au public et
plaisanter avec ses musiciens entre les morceaux. Mais sur le répertoire varié de "Silly Killings", l'atmosphère ce soir est définitivement légère et ludique. On s'amuse à voir les
musiciens restituer en direct et avec un plaisir enfantin le foisonnement sonore élaboré sur les albums. Ils font rebondir des billes sur le sol, laissent tomber des règles métalliques, et
offrent plus ou moins au hasard le soin de décider à leur place. Le public, lui aussi, est mis à contribution: des instruments-jouets sont distribués au premier rang (parmi lequel
l'inévitable Fredrik "A Kid Hereafter" Thaee, décidément partout lors de ce festival). Cela pourrait tourner au grand n'importe quoi et c'est tout le contraire: la musique est suffisamment forte
pour supporter ce genre de fantaisies, et les morceaux qui rockent - il y a deux ans je n'aurais jamais imaginé écrire ça un jour de Said The Shark ! - le font avec encore bien plus de force que
dans leur version enregistrée. Le final est mémorable avec "Shaky Heart", envoûtante déclinaison sharkienne de "I'm waiting for the man". Lors d'un moment d'accalmie, on entend soudain le son
de batterie venir du fond de la salle. On se retourne alors pour découvrir un jeune tambour qui fend le public et s'approche de la scène en jouant de son instrument, avant que le groupe
termine le morceau dans un grandiose crescendo. Hormis le fait d'avoir assisté à un excellent concert, je ressortais avec un sentiment de satisfaction sans doute un peu plus personnel: concernant
Said The Shark, dés le début, je ne m'étais pas trompé.
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(Said The Shark, Maya Saxell @ Voxhall, 07/06/08, photo: rockomondo)
SAID THE SHARK : "
No getting over you" (extrait de "Always prattling about love",
2006)
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