Rockomondo

Rockomondo est une émission diffusée en direct chaque jeudi soir de 21h00 à 22h00 sur Radio Primitive (92.4, Reims et la région) et rediffusée le même jour à la même heure sur Euradio (101.3, Nantes) la semaine suivante. La programmation en est principalement rock, pop, folk et électro, en majeure partie indépendante (mais pas seulement), et surtout axée sur les productions de pays autres que l'Angleterre et les Etats-Unis.

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Eurosonic 2012

Allez, un dernier concert avant d'aller se coucher. La fête dure jusqu'à 3 heures du matin, mais un peu de sommeil ne sera pas de trop avant de reprendre la route. Retour à la "Marathon Zaal" - là où la soirée avait débuté - pour le concert de Bart Constant. Derrière ce pseudonyme se trouve Rutger Hoedemaekers, un garçon que j'avais vu cinq ans plus tôt en compagnie de l'ex-Seedling Marg van Eenbergen sous le nom de "About". Le duo nous avait offert ce soir là un ébouriffant concert d'électro-rock à haute énergie, lui au laptop et sampler, elle à la guitare. Une demi-décennie plus tard, Rutger Hoedemaekers s'est bien calmé, et c'est au rayon pop qu'on le retrouve avec ce projet mûri durant de longues années. Toujours aussi élégant dans son costume "Mad Men", le hollandais n'a pas renoncé à s'entourer de filles: elles sont deux cette fois-ci, une aux claviers, l'autre à la batterie.

 

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(Bart Constant @ Oosterport, 14-01-2012, photo: rockomondo)


L'énergie de Hoedemaekers était démontrée, mais on pouvait s'interroger sur sa capacité à s'imposer dans un registre plus mélodique. Ces doutes se trouvent balayés en quelques morceaux. Hoedemaekers le perfectionniste ne s'est pas lancé dans cette aventure sans sérieux atouts. Ses chansons - enlevées le plus souvent, même si ce sont les ballades qui au final étincellent - regorgent de trouvailles mélodiques. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, les arrangements très travaillés de son premier album ("Tell yourself whatever you have to") ne souffrent jamais de cette formule live en trio. Il faut dire que les deux musiciennes font plus qu'assurer, particulièrement celle à la batterie au jeu souple et tout en finesse. Pour le reste, le sampler vient à la rescousse, tandis que le Maître de Cérémonie ajoute une touche jazzy bienvenue à la trompette. Reste un problême: si Rutger Hoedemaekers est a l'évidence un excellent compositeur/arrangeur, c'est aussi un piètre chanteur, doté d'un filet de voix nasal et sans nuance. On peut s'en accommoder un temps, mais cette voix ingrate finit à la longue par lasser et gâcher en partie la réelle qualité des morceaux. C'est la seule réserve - mais de taille - à ce projet presque parfait. 

 

"Tell yourself whatever you have to", l'album en streaming sur Soundcloud.

Achetez l'album de Bart Constant sur iTunes.

 


 

J'ai comme une impression de déjà-vécu en arrivant devant la scène du "Foyer" pour le concert de The Kik. Deux ans plus tôt j'y avais vu les mêmes musiciens (ou presque) sous le nom de The Madd. Il s'agissait alors d'un groupe tendance garage (beaucoup) et merseybeat (un peu): costards cintrés, instruments vintage et inspiration du même métal. Du revival, mais du bon, avec un répertoire aux petits oignons, de l'énergie à revendre et une bonne dose d'humour pour faire passer le tout. Avec The Kik, c'est merseybeat, un point c'est tout. Ou plutôt Maaseybeat du nom de la rivière ("Maas") qui coule à Rotterdam où ces zozos sont basés. Impeccable dans son costume crème d'époque, le chanteur et guitariste gauche-patte Dave Von Raven n'est jamais en retard d'une bonne vanne pour amuser le public (sauf votre serviteur qui n'y comprend que couic !). Les morceaux sont courts, accrocheurs et prestement envoyés. Tout ça est bien agréable en concert, mais je ne suis pas sûr que j'irais jusqu'à acheter les disques, alors que j'avais tous ceux - bon, ok, il n'y en a que deux ! - de The Madd.

 

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Direction le sous-sol pour le concert de Light Light programmé dans l'exiguë et étouffante Kelder Zaal. Light Light est un nouveau projet réunissant le duo orgue-batterie zZz et Saelors, couple d'Amsterdam encore débutant. Drôle d'association: Il n'y pas grand chose de commun en effet entre les flibustiers mal rasés de zZz et les jeunots - une fille, un garçon - de Saelors, lookés comme dans une pub Kooples. En ce qui concerne la musique, ce n'est pas mieux. On se demande ce que viennent faire là les belliqueux zZz (que j'avais vu démolir à la hache un orgue Hammond quelques années plus tôt), sous-employés dans cette new-wave trop policée et sans grande originalité. Les morceaux défilent sans laisser de trace, on s'occupe comme on peut, en essayant de prendre quelques photos ou en regardant la chanteuse, blanche Ophélie immobile au milieu de la scène. Comme à tous ses défauts la Kelder Zaal ajoute celui d'un son assez exécrable, il ne sera peut-être pas inutile d'écouter l'album (annoncé pour bientôt) histoire d'en avoir le coeur net.

 

Light Light: Guru

 

Light Light

(Light Light live @ La Haye, photo: Joop van Nimwegen)


Je quitte sans regret les bien-nommés Light Light avant la fin de leur concert. Direction la "Bovenzaal" au premier étage où joue Hospital Bombers. Je n'avais jamais entendu parler jusqu'ici de ce quintet d'Amsterdam, mais le fait qu'ils ont signé chez Excelsior, le principal label indépendant néerlandais, est plutôt de bonne augure. Tout comme la présence de la violoniste Suzanne Linssen, ex-Seedling, un groupe qui avait fait les belles heures de Rockomondo au début des années 2000. Chez Hospital Bombers, on ne se la pête pas. Le chanteur Jan Schenk explique volontiers que c'est leur incapacité commune à maitriser leur instrument - sauf la violoniste, de formation classique - qui a réuni les membres du groupe, et que le fait de ne connaître que deux accords a bien simplifié le processus d'écriture. Il n'en fallait pas plus pour une formation qui qualifie elle-même sa musique de "Stadium-folk" ou de "Pop-yogurt". Aux critiques qui comparent volontiers Hospital Bombers au Velvet Underground, je préfère de loin la description de leur maison de disques les présentant comme un cocktail de Camper van Beethoven, de Jonathan Richman et du Muppet Show. Sur scène, les cinq musiciens - en no-look généralisé - affichent une joviale décontraction et leurs chansons bricolos font mouche neuf fois sur dix. Il leur manque peut-être, pour convaincre tout à fait, ce petit grain de dinguerie qui fait le charme des Camper ou de They Might Be Giants, autre groupe auquel celui-ci fait parfois penser. Au final, un concert qu'on ne peut faire autrement que de qualifier de "sympathique". On passe un très bon moment, mais pas sûr qu'on s'en souvienne encore à la fin de l'année.    

 

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Hé hé, c'est moi qui prend la photo à 3'15"... 

Le dernier jour, ce n'est plus Eurosonic, c'est Noorderslag, la soirée consacrée aux groupes néerlandais. Pour l'occasion, les règles du jeu changent: fini les concerts dans les différentes salles de la ville, tout se passe à l'Oosterpoort, un palais des congrés où se retrouve tout le monde, les professionnels comme le public, très nombreux et très varié pour cette soirée qui fait office de sortie du samedi soir. A l'intérieur, c'est indescriptible, une foule immense qui se déplace en tout sens dans un chaos total et un bruit assourdissant. La bière coule à flot, dans les gosiers mais aussi sur le sol où elle se transforme en pellicule gluante. Cette année, histoire d'éviter aux spectateurs l'effort de se rendre aux bars, on a même envoyé dans le public des serveurs de bière ambulants munis d'un réservoir sur le dos. Avec un zèle certain ils remplissent à l'aide d'une petite pipette tous les verres qui passent à leur portée. Au bout de quelques heures, plus personne ne marche droit et la fête prend des allures de bacchanales bruegheliennes. Et pourtant, au milieu de cette folie, on arrive à trouver son compte en matière de musique. Il y a huit salle à l'Oosterpoort, de grandeur et de confort variable. Le public arrive en général au dernier moment pour les concerts. En prévoyant donc une avance d'une dizaine de minutes, on peut accéder sans problème aux salles et même espérer se trouver une place près de la scène... lorsqu'il y en a une, ce qui n'est pas le cas de la "Marathon zaal" où se produisent en début de soirée Wooden Saints.

 

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J'avais acheté la veille le premier album de ce collectif d'Amsterdam à la belle sensibilité pop et j'étais très impatient de les découvrir sur scène. Un capharnaüm invraisemblable d'instruments vintage - parmi lesquels pas moins de 12 guitares ! - occupe l'espace format timbre-poste qui leur est réservé et on est assez admiratif d'y voir s'installer (presque) facilement les dix membres du groupe et les cinq bonsaïs qui leur servent de mascottes. Malgré leur jeunesse, les musiciens de Wooden Saints ont assimilé comme si de rien n'était cinquante ans de pop-music. Ils en livrent une synthèse élégante et hyper-mélodique où l'on entend les Beatles, bien sûr, mais également Crowded House, Elliott Smith ou Jon Brion: le haut du panier en la matière. Pour faire bonne mesure, on y trouve aussi une discrète touche soul, apportée par la seule fille de la bande, la chanteuse Tessa Douwstra. Tout autour, les musiciens s'échangent leurs instruments. L'un des batteurs (ils sont deux) devient chanteur. Celui qui l'était avant lui s'en va aux claviers. Le son est plein et riche mais jamais envahissant, porté par une guitare harrisonienne, la couleur nostalgique des orgues Hammond et Farfisa, et le souffle chaud du trombone. Et lorsque sept des musiciens se mettent à chanter en choeur, la minuscule scène semble sur le point de décoller vers les étoiles. Au départ un simple défi musical entre Arjen de Bock (Gem, The Black Atlantic) et Viktor van Woundenberg (Bettie Serveert) consistant à écrire une chanson commune chaque semaine, Wooden Saints est devenu un modèle de super-groupe, quel que soit le sens qu'on veuille donner à cette expression. On ne peut que se réjouir: leur second album est déjà en préparation.

Wooden Saints @ facebook

Wooden Saints @ Bandcamp

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Le type qui a filmé ce morceau était juste derrière moi, avec sa mini-caméra fixée au bout d'une canne télescopique. Il a enregistré tout le concert. D'autres extraits, please ...

Avec l'heure qui avance et les salles qui ferment, le public est de plus en plus nombreux à se retrouver sur les mêmes concerts. Bien que situé en plein centre, le AA theatre se cache dans une petite rue discrète et à ma grande surprise j'y pénètre sans problême pour le concert des autrichiens M185. Il y a six mois, je n'avais jamais entendu parler d'eux, aujourd'hui je réécoute en boucle leur troisième album "Let the light in", un grand disque de rock à guitares comme on n'en avait pas entendu depuis longtemps, serré, tendu, nerveux, près de l'os.  Sur scène, le groupe a de la prestance. Le chanteur est à l'image de sa musique, élégant et sec comme un sarment. Sa guitare répond à celle de son voisin sur la trame hypnotique des morceaux que propulse une frappe claire et précise. Plus qu'à la scène post-punk à laquelle M185 est souvent assimilé, on pense plutôt a cette dynastie rock américaine née avec le Velvet et continuée par des francs-tireurs comme Band Of Susans ou Thin White Rope. D'un répertoire de haute tenue surgissent quelques fameuses pépites: Avec ses vocaux parlés plus que chantés, "Space Bum Rocket Kid" est un modèle de tension retenue, toujours au bord de l'explosion sans jamais y céder. "The city and the beat" offre un autre grand moment sur le fil, scandé par le hachage des guitares qui se répondent. Et "The rift" est un tourneboulant climax en montagnes russes de près de dix minutes. A la fin du concert, le saxophoniste américain Stephen Mathewson vient se joindre au groupe à la manière de Steve MacKay chez les Stooges. L'homme a beau afficher une coolitude imperturbable et un quart de siècle de plus que ses compagons, ses envolées free font encore monter la température de quelques degrés. Si c'est sur scène qu'on peut juger réellement de la valeur d'un groupe, M185 a ce soir-là brillamment surmonté l'épreuve.

 

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Mon idée était de quitter le concert de M185 avant la fin de manière à ne pas arriver trop tard à celui des danois Iceage. Finalement, j'étais resté jusqu'au bout et lorsque j'arrive à Vera, c'est trop tard, la salle est pleine et une longue file s'étire devant la porte. Pour tout arranger, il se met à pleuvoir. Il est une heure vingt, j'en ai plein les jambes sans parler des oreilles qui commencent à bien saturer. Allez, dodo, c'est pas tout ça, mais demain ça recommence... 

 

M185 sur Soundcloud.

www.m185.org

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Le concert de When Saints Go Machine avait lieu à Simplon, l'une des rares salles un peu excentrée du festival, et je pique un sprint dans les rues de Groningen pour ne pas être trop en retard à celui des belges School Is Cool qui jouent à Vera, la boite rock du coin. S'il est assez facile d'accéder aux salles le jeudi, la tâche se révèle bien plus compliquée le vendredi, lorsque le gros du public a investi la ville. La queue qui s'étire devant la porte à mon arrivée - alors que le concert a déjà commencé - laisse peu d'espoir de pénétrer à l'intérieur. Faute d'avoir suffisamment potassé le programme avant de partir, j'hésite sur un plan B... La suédoise Jennie Abrahamson au Spieghel ou les italiens The Jacqueries à la Muziekschool ? Finalement, je choisis ces derniers: j'en ai un peu soupé des chanteuses suédoises, la Muziekschool est un chouette endroit, et je garde un très bon souvenir du concert des italiens Julie's Haircut il y a deux ans. La salle est presque vide quand j'arrive. Le groupe fait son soundcheck: cinq garçons proprets appliqués sur une pop-rock poussièreuse. Il y a quelques jolies envolées de guitare, mais ce n'est pas suffisant pour me donner envie de rester. Retour à Vera. Au moins, je ne serai pas en retard pour les Bewitched Hands. Hé, c'est quand même la première fois qu'un groupe rémois se produit à Eurosonic: il n'est pas question de louper ça ! Les spectateurs de School Is Cool se déversent dans la rue. Effectivement, c'était blindé et bien peu restent pour le groupe suivant. Dommage, les deux concerts semblaient pourtant faits pour intéresser un même public. Les Bewitched se mettent en place, et lorsqu'ils commencent à jouer une demi-heure plus tard, c'est la déception: la salle n'est qu'à demi-pleine et les spectateurs peu enclins à manifester un minimum d'enthousiasme devant ces Frenchies. Pour résumer les choses rapidement: c'est tiède et ça va le rester. Il faut dire que les Bewitched ont fait le job correctement, mais sans plus. On était loin des concerts-communion auxquels j'avais assisté précédemment en live ou sur le net. Il a manqué le petit truc en plus, l'étincelle qui fait qu'un groupe va chercher une salle au départ réticente pour l'emporter avec lui. Etre bon n'était pas suffisant ce soir-là à Vera.

 

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The Bewitched Hands sur Soundcloud.

 

De Spieghel est habituellement un club de jazz, mais pendant le festival, comme partout à Groningen, on y programme du rock. C'est dans la petite salle du premier étage que se produisent les danois The Rumour Said Fire. Le quintet avait créé la surprise dans son pays fin 2009 en devenant N°1 avec "The Balcony", ritournelle folk enlevée à deux voix façon Simon & Garfunkel. Quelques mois plus tard, The Rumour Said Fire était élu "Groupe de l'année" lors des Victoires de la Musique locales. Depuis, un album réussi ("The arrogant") était venu élargir la palette des danois en ajoutant à leurs ballades acoustiques quelques titres plus électriques. C'est d'ailleurs toutes guitares branchées qu'on découvre les cinq musiciens sur la scène format boite d'alumettes du Spieghel. Le son reste léger, l'ambiance décontractée et chaleureuse, néanmoins on se demande ce qui a pu susciter un tel engouement au Danemark pour un groupe certes sympathique mais en manque singulier de relief et de personnalité. Les chansons défilent, c'est plutôt agréable à écouter en sirotant sa bière, on admire la belle Fender Jaguar vintage du chanteur, c'est bien, ça repose des émotions fortes. De là à les catapulter N°1.....

 

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Je crois avoir rarement entendu un début d'album aussi impressionnant que celui de "Konkylie", premier lp des danois When Saints Go Machine. Comment qualifier en effet le morceau qui en fait l'ouverture et lui donne son titre ?  On a tout d'abord l'impression d'entendre le chant d'un grillon un jour de vent et de pluie, et puis il y a cette voix irréelle qui arrive sur une mélodie enluminée aux tonalités médiévales. Tout de suite le décor est planté: on est ailleurs, sur une lande brumeuse peut-être, à cette heure indécise où disparaît le jour. Le pouvoir d'évocation de la musique de When Saints Go Machine est fort et il y a longtemps qu'un disque d'électro-pop ne m'avait autant touché. Peut-être parce que celle de When Saints Go Machine s'écoute plus qu'elle ne se danse, évoquant - à sa manière - des précurseurs comme John Foxx ou David Sylvian. Et puis il y cette voix... LA voix, celle de Nikolaj Vonsild qu'un critique de Popmatters a classifié assez justement entre Anthony Hegarty, sans le mélo, et Andy Bell (Erasure), sans le kitsch. A ceux qui se seraient demandés d'où ce chant si haut-perché pouvait bien venir, la réponse apparaît comme une évidence lorsque le groupe entre en scène: il arrive de deux mêtres au dessus du sol. Nikolaj Vonsild est un gentil géant blond, aussi mince qu'il est grand. A ses côtés, deux musiciens aux claviers, laptops et autres engins électroniques, et derrière, le batteur.

 

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Durant 45 minutes When Saints Go Machine a interprété une bonne partie de son premier album. La magie qui s'en dégage opère d'autant plus en concert, portée par la puissance du son et la présence magnétique du chanteur. Nikolaj Vonsild ne joue pas, ne triche pas, il habite ses chansons avec une touchante intensité, arc-bouté sur son pied de micro, insensible à tout ce qui se passe autour. Eclairé par l'arrière dans cette salle basse de plafond du Simplon, on ne voit de lui bien souvent qu'une ombre émergeant d'un puit de lumière et c'est comme si cette musique étrange et envoûtante était l'oeuvre de bienveillants fantômes. Sur le répertoire irréprochable de "Konkylie", When Saints Go Machine n'avait pas grand chose à faire pour gagner la partie: ils ont donné plus qu'on pouvait espérer. Grand groupe. Grand concert.

 

When Saints Go Machine: "Add ends" (courtesy of groovemine.com)

When Saints Go Machine: "Kelly" (courtesy of groovemine.com)

When Saints Go Machine sur Soundcloud (streaming & free downloads)

 


 

 

Achetez l'album de When Saints Go Machine.

L'après-midi, les musiciens de Team Me avaient bien du mal à tenir tous les six sur la mezzanine du magasin Plato. Le soir, on les retrouve déguisés en indiens de mardi-gras, occupant toute la largeur de la scène du Stadsschouwburg derrière des guirlandes de drapeaux multicolores. Le Stadsschouwburg est sans doute la salle la plus élégante de Groningen: un théatre à l'ancienne tout en stucs, en velours et en dorures, à l'acoustique parfaite et aux éclairages soignés. Avec ce show de 45 mn, le groupe peut se permettre d'aborder des morceaux plus longs et plus subtils que les hymnes fédérateurs enchaînés quelques heures plus tôt au magasin de disques. On y gagne en finesse ce qu'on perd en efficacité immédiate. Et la fantasque Synne - génée durant tout le set par un micro fugueur - a enfin tout l'espace nécessaire pour laisser s'exprimer sa curieuse conception de la danse et faire naître des sourires ébahis chez les spectateurs. Mais l'énergie farouche que déployait le groupe sur la scène XXS de Plato s'évapore un peu dans le vaste espace du théatre. Deux concerts, deux ambiances différentes: on pouvait avoir sa préférence ou bien prendre le tout, ce que je fis.

 

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Team Me: "Weathervanes & chemicals (live at Eurosonic)" (vidéo) 

 

Il n'y a pas loin pour aller du Stasschouwburg au Kruithuis où jouent les belges de Hoquets: la salle se trouve dans le même bâtiment sur la facade opposée. Hoquets se produisent souvent en France mais je n'avais pas encore eu l'occasion d'assister à leurs spectacles brindezingues à l'humour décalé. Composé d'un belge, d'un français et d'un chanteur américain aux allures de Dr. Freud sous acide, le trio utilise des établis construits avec des objets de récupération - en bois, en métal, en carton - dont il se sert comme instruments de percussion. Ca tape de tous les côtés avec une énergie extrêmement communicative, tandis que la partie mélodique - il en faut quand même un minimum - est apportée par le chant sur des paroles absurdes et truffées de références à la Belgique et ses étranges coutumes. Le groupe a des fans purs-et-durs qui dansent devant la scène et connaissent les paroles des chansons par coeur. Le chanteur va d'ailleurs fréquemment les rejoindre pour une séance de breakdance surréaliste ou en animateur du titre phare du concert, "Chaud boulet", tourneboulante macarena outre-quiévraine au succès garanti lors des mariages et bar-mitsvahs. Et tout le monde reprend en choeur le tube du trio, "Couque de Dinant", ode simili-funky à la spécialité patissière de la ville wallonne, bien connue pour casser les dents des gourmands. Un spectacle 100 % pur fun, chaudement recommandé si ces zozos passent près de chez vous.

 

Couque de Dinant by HOQUETS

 


 

Il était plus de minuit et, alors que les salles commençaient à fermer, c'est un public de plus en plus nombreux qui se regroupait dans les derniers lieux encore en activité. Ce qui explique sans doute l'affluence record à la AA-kerk, la grande église de la Vismarkt, pour le concert de Moss. Auteur d'un très bon album pop ("Never be scared - Don't be a hero") il y a deux ans, le quatuor d'Amsterdam présentait ce soir-là son nouvel opus "Ornaments", sorti pendant le festival. Mais l'impossibilté d'approcher la scène et l'écho épouvantable qui transformait la musique en bouillie sonore indéchiffrable ont eu tôt fait de me décourager. J'en ai profité pour admirer le décor, et notamment un splendide orgue de bois sculpté qui surplombait le groupe avant de ressortir dans le froid glacial et d'aller me coucher. Sept concerts entre 20h00 et une heure du matin: la soirée avait été bien remplie

 

 

www.mosstheband.com

Le problème à Eurosonic, c'est qu'il y a forcément des concerts qu'on ne veut pas louper et qui sont programmés le même jour, à la même heure. Ou presque à la même heure: en partant dés la fin du concert de De Staat et en piquant un sprint jusque Vera, je pouvais espérer assister à une bonne moitié de celui des danois Thulebasen. Leur second album "Gate 5" avait été une très bonne surprise de l'année 2011: un audacieux mélange de stoner, de krautrock, de psychédélisme, de free jazz et de musique expérimentale, le tout sur de longs morceaux construits à partir d'improvisations. Parfois ça marchait, parfois moins, mais il se passait vraiment quelque chose et même si tout n'était pas réussi, on ne pouvait pas leur reprocher de ne pas avoir essayé. Arrivé devant la scène, surprise ! La musique et les clips m'avaient fait imaginer des freaks grimaçants façon Mothers ou Magic Band, alors qu'en fait Thulebasen - Une fille, deux garçons - sont des jeunes gens proprets penchés sur leurs instruments avec l'application de consciencieux artisans.

 

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Ce qu'ils en sortent, par contre, est nettement moins consensuel. Pour ce court set, le groupe a revu son répertoire et resserré ses compositions. Fini les impros et les longues digressions, seuls les moments forts ont été conservés et on est cueilli au plexus par ce pilonnage sonique ininterrompu. Mais il ne s'agit pas que de bruit, le son reste clair et l'on reconnait facilement les morceaux du disque, raccourcis, réduits à l'essentiel et d'autant plus efficaces. De quoi faire oublier le manque de spectacle - seule la fille à la batterie s'anime un peu - forcément décevant après la prestation surchauffée de De Staat. 

 


  
Tulebasen sur Soundcloud (extraits du premier album et titres live en téléchargement gratuit)
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Bien que le concert de De Staat soit annoncé dans un endroit nommé "Cathedral", je me doutais bien qu'il y avait peu de chances qu'il s'agisse d'un édifice religieux. Je me rappelais d'un soi-disant "Opera" il y a deux ans. On n'espérait sans doute pas le Palais Garnier mais il y avait un gouffre entre ce pompeux intitulé et la réalité des lieux: une tente bondée, humide, et traversée de courants d'air qui m'avait laissé un très mauvais souvenir. Prévisiblement, la "Cathedrale" en question était en fait un chapiteau, mais - bonne nouvelle - celui-ci était vaste, bien agencé, et pourvu d'une scène à chaque extrémité afin que les concerts s'enchaînent sans temps mort. A ce moment, l'une d'entre elle était d'ailleurs occupée par les néerlandais A Silent Express, et c'est là que j'ai regretté d'être arrivé en avance à la vue - et l'écoute ! - de ces caricatures de rebelles échappés d'une pub de gel capillaire. A oublier très vite. Le contraste avec De Staat n'en a été que plus fort. Encore inconnu en France, ce quintet de Nijmegen est l'un des groupes hollandais les plus en vue du moment après deux albums défricheurs et une réputation scénique jamais démentie. Certains les ont comparés au dEUS des débuts et le rapprochement est plutôt bien vu. Si leur musique est différente, ils ont la même énergie imprévisible, la même liberté formelle, la même capacité d'invention. Et un truc que je n'avais encore jamais entendu dans le domaine du rock: tout chez eux est basé sur le rythme. Amateurs de mélodies, passez votre chemin, De Staat n'est pas pour vous. Mais si l'idée d'entrer en transe chamanique dans un pilonnage de percussions tribales vous paraît intéressante, vous êtes au bon endroit.

 

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Le second album du groupe, "Machinery", est une réussite exemplaire. Hormis le single "I'll never marry you", seule concession à une écriture plus classique, tout le disque repose sur cette implacable puissance rythmique, renforcée par le cisaillement métallique des guitares et les dérapages du synthé. Sur cette trame, le chanteur Torre Florim hoquète, éructe, et harangue avec la conviction féroce d'un pasteur baptiste pris de crise mystique. En concert, c'est encore plus impressionnant. Ces garçons sont véritablement habités, mais c'est Florim qui aimante tous les regards, enragé, possédé, ruisselant, à deux doigts du pétage de plombs. Au fil des morceaux son visage vire au rouge cramoisi à tel point qu'on s'attend à tout instant à le voir exploser, comme celui du culturiste dans la vidéo de leur morceau "Sweatshop".

 

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Et puis il y a la machine. La fameuse "Machinery" qui donne son titre au dernier album. Depuis le début du concert elle trône derrière le groupe, imposant assemblage de gamelles et de bidons, d'engrenages, de chaines, de contrepoids, et de crémaillères. Une beatbox médiévale à mi-chemin entre un rêve de savant fou et un instrument de torture, qui donne le rythme en actionnant des marteaux pour frapper le métal. Son utilité reste à prouver d'un strict point de vue musical et le groupe ne l'utilise d'ailleurs qu'en une seule occasion... il n'empèche: on ressent un véritable frisson lorsque le batteur quitte ses fûts pour venir actionner les manettes qui déclenchent les rouages de cette incroyable engin. Un moment visuellement très fort et qui reste gravé dans les esprits. Après avoir sorti un des meilleurs albums de 2011, De Staat venait - quelques jours seulement après le début de l'année - de délivrer déjà l'un des meilleurs concerts de 2012.

 


 

 

 

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Le Vindicat est la salle de spectacle d'un centre culturel étudiant. Elle se trouve dans un ensemble d'immeubles édifié après la seconde guerre mondiale sur la Grand Place de Groningen. 2012 sera l'année de son dernier Eurosonic. Ce groupe d'immeubles est en effet promis à la destruction - celle de l'Office de Tourisme contigu a déjà commencé - pour faire place à de nouveaux bâtiments. Juste derrière sera construit le Groninger Forum ( visite virtuelle ici), un gigantesque centre culturel qui surplombera toute la vieille ville et abritera - entre autres - un complexe de salles de cinéma, une bibliothèque, une partie des collections du musée d'art moderne, et les bureaux de la mairie.

 

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De par sa configuration ( le bar est situé tout à côté de la scène), le Vindicat est reservé généralement aux groupes les plus bruyants du festival. Mauvaise pioche donc pour les délicats allemands de Talking To Turtles, condamnés à s'accommoder du bruit des bouteilles et du brouhaha des conversations. Bien que le duo de Leipzig ( une fille, un garçon) soit venu ce jour-là accompagné d'un bassiste et d'un batteur, leur folk pointilliste ne se départit jamais de son caractère sylvestre, presque incongru dans un cadre si urbain. On y parle de grizzlis, d'hommes dans les arbres, de berceaux branlants, de combats de homards, et l'air y sent bon l'herbe coupée. Les habitants de cette petite maison dans la prairie ont la mine avenante de ceux qui accueillent le voyageur avec un sourire et un café fort. Au centre de la scène, Florian Sivers, courte barbe et bonnet de laine, guitare sèche et harmonica. A sa gauche, Claudia Gohler, lunettes, cheveux blonds, claviers, melodica, accordéon, glockenspiel. Leur musique leur ressemble: simple et chaleureuse, des mélodies à la sève de pin où s'entrecroisent la voix un peu nasale du garçon et celle plus claire de sa compagne. Parfois, les deux se retrouvent pour chanter sur un même micro, lui à la guitare, elle à l'accordéon, et c'est très beau. On pense à des paysages vu dans des films, "Les moissons du ciel" ou "Au delà coule une rivière". Ou bien on ne pense à rien. On a même oublié le bar. Et c'est très bien aussi.

 

Grizzly Hugging by talking to turtles


 

 

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(photo: Rockomondo)

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