"Nous nous sommes installés à Berlin" (variantes: "Nous allons nous installer à Berlin" ou "Nous pensons nous installer à Berlin"): voilà ce qui a été - et de loin - le refrain le plus populaire du dernier festival Spot. A croire que la capitale allemande possède une irrésistible force d'attraction pour les groupes et les labels danois. Il faut dire que vivre de sa musique - et a fortiori du rock indépendant - reste une gageure dans un pays peuplé seulement d'un peu plus de cinq millions d'habitants. Autrement dit rien du tout comparé aux 82 millions d'allemands. Berlin offre bien des avantages: position stratégique au coeur de l'Europe, proximité du Danemark, une scène alternative dynamique, des loyers modérés dans l'ancien Berlin-Est, la possibilité de profiter des bons réseaux de distribution et du maillage serré de salles allemand, bref toutes les raisons de sauter le pas. Et pour ceux qui hésitaient encore, l'assaut et la démolition façon "Apocalypse now" d'Ungdomshuset, squat culturel historique du quartier de Nørrebro (revendu par la ville de Copenhague à une secte chrétienne fondamentaliste !) ont fini de les décider. Cette expulsion / destruction particulièrement musclée, tout comme la répression féroce des manifestations qui ont suivi, ont été ressenties ici par beaucoup comme un véritable traumatisme. S'il est clair que la scène rock Danoise n'a jamais été aussi active et florissante - les concerts de ce treizième Spot Festival l'ont amplement démontré - il est tout aussi clair, pour ses acteurs, que son avenir est ailleurs.
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Comme toujours, Spot a commencé le jeudi soir dans la grande salle du Musikhuset par la très (pas tant que ça, en fait) solennelle soirée d'ouverture. On n'a pas échappé aux discours interminables (encore plus d'ailleurs lorsqu'on n'en comprend pas un mot), ceci avant d'arriver - enfin ! - dans le vif du sujet: la musique. Une tradition bien établie veut que la soirée d'ouverture de Spot soit toujours plus ou moins ratée, et celle-ci n'a pas fait exception à la rêgle. Sur le papier, pourtant, l'affiche semblait particulièrement allèchante: Marybell Katastrophy, apprécié à Reims quelques semaines plus tôt sur la scène format timbre-poste de l'Appart' Café, et que j'étais curieux de revoir dans cette salle de 1600 places avec costumes, mise-en-scène, choeurs et invités. Et The National Bank, le supergroupe norvégien de Thomas Dybdahl et divers musiciens de Jaga Jazzist, de Big Bang et de Susanna & the Magical Orchestra, qui jouait pour la première fois hors de ses frontières.
Entre deux loups géants aux yeux phosphorescents (c'était le décor, je n'avais rien bu), Marybell Katastrophy entre en scène, habillé(es) de curieux costume rétro-futuristes. Visuellement, c'est très réussi, les éclairages du Musikhuset sont comme toujours irréprochables et à l'arrière-plan les dix choristes disparaissent dans une sorte de manchon géant dont n'émergent que leurs têtes. Le tout évoque une ambiance très féérique, à mi-chemin entre "Alice aux pays des merveilles" et "Le pacte des loups". Pour qui connaissait les versions démo enregistrées par Marie Højlund en solo, ses chansons ont pris une belle étoffe depuis que Marybell Katastrophy est devenu un véritable groupe. Mais est-ce la faute à la vaste scène du Musikhuset qui sépare les musiciens les uns des autres, ou encore à un trac bien compréhensible devant ce concert de prestige et l'important public venu les voir, en tout cas Marybell Katastrophy - sans démériter - peine à retrouver la rayonnante énergie de leur concert rémois. Face à l'enjeu, Marie et ses acolytes semblent se retenir, et leur application évidente à bien faire donne malheureusement à leur prestation un côté un peu figé. Dommage. Le groupe se rattrapera le lendemain dans une salle plus modeste en livrant, d'après des espions dignes de confiance, l'un de ses tous meilleurs concerts.
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Si Marybell est une demi-déception, que dire alors de The National Bank ? Depuis ce concert j'ai ré-écouté d'innombrables fois leur premier (et pour l'instant unique) album, que j'aime toujours autant que lorsque je l'avais découvert il y a un plus de deux ans. Alors comment expliquer ce somptueux naufrage ? Tout ce qui était suggéré sur l'album est ici asséné, surligné sans finesse. Martin Horntveth tape comme un sourd sur ces fûts, les autres touillent une bouillie pour le moins indigeste, Thomas Dybdahl lui-même - que j'avais vu bouleversant à Eurosonic - semble ne se reposer que sur sa seule technique, incapable de provoquer le moindre frisson d'émotion. Mais la palme revient quand même à Morten Qvenild au claviers. Difficile de croire que c'est le même homme qui officie sur la musique tout en retenue et en finesse de Susanna & The Magical Orchestra. Au sein de The National Bank, il se montre tout simplement insupportable, noyant la musique dans de stériles démonstrations de virtuosité, le tout culminant avec deux innommables solo prog-rock (accueillis par les applaudissements nourris du public !) comme je n'en avais plus entendu depuis... Utopia ? On tenait là la preuve par A +B qu'on ne peut vraiment juger les artistes qu'après les avoir vu sur scène. Tant pis pour moi, qui ait découvert à cette occasion que le groupe à qui j'avais consacré le premier post de ce blog ne valait en fait pas une cacahuète.
A ré-ecouter et à revoir:
MARYBELL KATASTROPHY : "Slabiak"
MARYBELL KATASTROPHY : "Nightwalk"
(clic droit et "Enregister la cible sous...")
THE NATIONAL BANK : "Tolerate" (vidéo-clip)

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