Après avoir manqué Taxi, Taxi ! en juin dernier à Spot pour cause de salle pleine, je ne prends aucun risque et j'arrive très en avance à l'U.S.V.A. où le duo suédois doit se produire à 22h00. L'U.S.V.A. est une sorte de centre culturel assez chicos réservé aux groupes les plus calmes du festival. La musique y est le plus souvent acoustique et l'assistance silencieuse et attentive, ce qui est loin d'être toujours le cas dans les autres salles de la ville. A mon arrivée, le précédent artiste n'a pas encore terminé son set et pour patienter je déambule dans le hall en feuilletant les brochures qui y sont présentées. Mais la salle n'est séparée du hall que par de fins panneaux coulissants, et l'on entend très bien ce qui se passe à l'intérieur. Et ce que j'y entend me laisse bouche bée: c'est la voix de Nick Drake en train d'interprêter quelques inédits de sa plus belle facture. Pour en avoir le coeur net et comme je ne crois pas aux fantômes, je pousse la porte pour découvrir sur scène un grand garçon longiligne et barbu coiffé d'un improbable bonnet de laine. Il est seul et chante en s'accompagnant de sa guitare acoustique devant un public captivé.
Je sais bien que Nick Drake est devenu aujourd'hui LA référence obligatoire des chroniqueurs pantouflards pour cataloguer n'importe quel folksinger interprétant des chansons tristes sur une guitare en bois, mais dans ce cas la ressemblance - tant pour la voix que pour la musique - est vraiment sidérante A mon grand regret, je n'aurai le droit qu'à deux morceaux avant que le concert prenne fin, mais ces quelques minutes resteront sans doute parmi les plus marquantes de ce festival. J'en profiterai quand même pour acheter le CD de cet inconnu surdoué et apprendre ainsi qu'il s'appelle Alexi Murdoch et qu'il est anglais. Et pas si inconnu que cela, puisque son morceau "Orange sky" a déjà été utilisé dans une multitude de pubs et de séries télé américaines. Intitulé "Time without consequence" et auto-édité en 2006, son album - le seul et unique pour le moment - aurait sans doute gagné à être raccourci d'une bonne quinzaine de minutes (il en dure plus de soixante !), mais on y retrouve bien la voix soyeuse et la finesse d'écriture tant appréciées en concert. Et aussi des pistes nouvelles car - même s'il n'est pas donné à tout le monde de faire aussi bien que Nick Drake dans un style similaire - Alexi Murdoch sera bien obligé de montrer sa différence à l'heure du prochain album...
ALEXI MURDOCH : "Orange sky" (extrait de "Time without consequence", 2006)