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Cela doit faire trois ou quatre fois peut-être que je vois Jomi Massage sur scène, et aucun de ces concerts n'a été moins qu'excellent. En est-il parfois autrement ? Il faut croire que non, car une nouvelle fois le trio danois délivre dans la grande salle du Musikhuset un concert d'exception, servi par un son d'une clarté tranchante. On avait pu le constater un peu plus tôt lors de son passage avec The Low Frequency In Stereo, Signe Hoirup Wille-Jorgensen est très en forme ce soir. Chaque fois que je la vois en concert, je suis frappé par son aisance et son absence totale d'inhibition sur scène. Qu'il y ait dix personnes devant elle ou plusieurs centaines , elle fait toujours preuve de la même liberté et de la même décontraction, se fichant manifestement de ce qu'on peut penser d'elle et aussi à l'aise que si elle se trouvait seule dans son salon. Sa personnalité extravertie contraste de manière frappante avec l'impassibilité parfaite de son compère Luke Sutherland (ex-Long Finn Killie), l'homme qui ne sourit jamais. Ces deux-là se complètent parfaitement, et c'est aussi vrai sur le plan musical, Signe restant la plupart du temps aux claviers, tandis que Luke Sutherland, en véritable styliste, fait preuve à la guitare d'une réjouissante créativité.
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On le sait: Jomi Massage n'a pas pour habitude de faire dans la tiédeur. "Our music deals with extremes", confiait Signe aux débuts du groupe. On en a une fois de plus la confirmation avec une alternance de pièces intimistes et murmurées et de tétanisantes bouffées de violence, le tout tiré des deux indispensables albums "Aloud" et "From where no-one belongs, I will sing" (2004 et 2005, Télescopic). Les amateurs de confort musical et de caresses dans le sens du poil peuvent aller voir ailleurs: Jomi Massage est là pour bousculer et pour déranger. Et ils ne s'en privent pas. Ce soir le trio déchire tout, Signe investit ses morceaux avec une rare conviction, et même le glacial Sutherland manque de se laisser emporter dans la tourmente. On sort de là pantelants et comblés, très impatients aussi de découvrir le troisième album du groupe qui sort (enfin !) ce mois-ci.

( Nicolai Dunger @Ridehuset, 02.06.06)
Du concert de The Broken Beats, auquel je me suis rendu ensuite, je ne me souviens pas de grand chose, sinon qu'il y avait trop de monde, que j'étais loin de la scène et qu'on n'y voyait rien. Mais il n'est pas impossible que ça ait été très bien. Du coup, j'arrive en avance afin d'être bien placé pour Nicolai Dunger. Avec ce garçon, on ne sait jamais à quoi s'attendre: le pire ou le meilleur, c'est selon... La dernière fois que je l'avais vu sur scène, c'était au Nouveau Casino. Dunger nous y était apparu grossi et barbu, en vivante caricature de Jim Morrison à la fin de son existence et au moins aussi bourré que lui. A cette occasion, l'ancien footballeur nous avait d'ailleurs prouvé qu'il n'ignorait rien non plus des beuglements de supporters avinés, ce qui m'avait discrédité définitivement auprès des amis que j'avais eu le malheur d'entrainer dans ce naufrage. Mais depuis, il y avait eu ce beau disque lo-fi sorti sous l'appellation "A Taste Of Ra", ainsi que le récent album mettant en musique les poésies d'Edith Södergran, tout aussi réussi, qui m'avaient réconciliés avec lui. Ce soir, pas de chance, Dunger est dans un mauvais jour, sans doute moins bourré qu'à Paris, mais pas beaucoup plus talentueux pour autant. Alors que j'avais naïvement espéré un concert folk et intimiste dans la lignée d' "Edith Södergran", le suédois préfère nous infliger une nouvelle fois son grand numéro d'imitateur de Van Morrisson, accompagné par un groupe d'adolescents aux joues roses pas franchement au top (voir le bassiste qui avait soigneusement disposé à ses pieds les tablatures des morceaux !). Comme Dunger semble n'avoir pas compris que chez Morrisson c'est le fond qui induit la forme, et non pas le contraire, il ne sort évidemment pas la moindre émotion de cette mascarade, le pire étant atteint lorsque Dunger se mèle de vouloir faire chanter le public. Tout cela est d'autant plus rageant qu'on sait ce garçon talentueux, la plupart de ses disques le prouvent, ainsi que quelques concerts où la magie était vraiment de la partie. Alors pourquoi se saborder ainsi avec une telle constance ? Mystère... Bon, nous voilà de nouveau fachés.
JOMI MASSAGE : "For the ladies" (extrait de "Aloud)
JOMI MASSAGE : "Opposite of nothing" (extrait de "From where no-one belongs...")
NICOLAI DUNGER : "My time is now" (échantillon 1 mn, extrait de "Here's my songs...")
NICOLAI DUNGER : "Ol' lovers" (échantillon 1 mn, extrait de "Tranquil isolation")